La bullepille

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26 novembre 2009

L'avenir est aux sources

Chers lecteurs,

Je dois bien vous avouer que j’ai cédé ma place à d’autres voix que la mienne sur ce cher blogue. Ce n’est pas tant que je n’aie plus d’idée ou que je me sois simplement transformée en éponge, mais bien parce que ma session post-France me tire tout mon jus. L’on m’avait souligné les difficultés du retour en gros traits et la réalité étant ce qu’elle est…

Je suis donc encore et toujours un peu perdue. Par chance, le froid n’a pas encore gagné novembre et j’ai bon espoir pour l’avenir. J’ai effectué les démarches préliminaires concernant ma maîtrise. J’irai donc à l’Université de Montréal et je travaillerai sur une question qui me passionne depuis mon entrée en littérature, soit l’éthique post-moderne. Je travaillerai d’abord sur Yann Martel et je pense ouvrir mon corpus à des œuvres comme celles de Murielle Barbery et de Nicolas Dickner. Je trouve stimulant de penser qu’il y aura un nouveau défi l’an prochain et que, même si Montréal est tout prêt, je referai, en quelque sorte, ma vie ailleurs. Cette ville de mon adolescence me manque terriblement et je sais qu’en mai je la retrouverai pour de bon.

Outre mes heures d’étude, j’ai repris mon travail comme tutrice en français au Cégep. J’aime particulièrement cet emploi, car il est autant stimulant du point de vu humain que du point de vue intellectuel. J’apprivoise mes aidés et je tente du mieux que je peux à leur faire apprécier la langue française. Les premières rencontres sont rarement faciles, mais, au fil des semaines, une confiance s’établit.

Je prends aussi quelques heures de ma semaine à aider bénévolement un allophone. Le travail avec lui ne ressemble en rien avec celui du Cégep. Il est encore plus valorisant ! La semaine dernière, nous avons lu quelques pages de Tintin et le Temple du Soleil. Quelle joie de pouvoir lire dans ses yeux toute la fierté d’avoir compris et d’avoir aimé lire ! Il y a dans cette relation d’aide plus qu’une simple relation aidé-aidant, mais bien un partage des cultures et d’une langue. Je suis en ce moment en train de suivre des cours d’espagnol. Ainsi, lorsque je tente de faire de comparer le français et l’espagnol, mon apprenant ne peut s’empêcher de rire et de m’aider dans cette langue. Il en est fier et avec raison.

Malgré tout, la lumière d’Aix-en-Provence me manque. J’y pense chaque jour. Les gens que j’ai perdus en allant là-bas et ceux que j’ai perdus en restant ici reviennent dans ma tête et ne font que me rappeler leur affligeante absence; je suis morte un peu ici et là-bas.

Pour vaincre le gris automnal et la souffrance, je lis Miron comme certains liraient un livre de recettes; «et j’ai hâte à il y a quelques années / l’avenir est aux sources».

Oui, l’avenir est aux sources.

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22 novembre 2009

Nataq

Toi, tu es ce soleil aveuglant les étoiles;
Quand tu parles au mourant sa douleur est si douce.
Pour trouver le racage et tuer l'animal,
Pour trouver le refuge tu es mieux que nous tous,
Nataq.

Je dis que je ne peux rêver la vie sans toi.
J'ai la mémoire des eaux où je me suis baignée.
Maintenant que tu vis, que je rêve à la fois,
Tout mon être voudrait que tu sois le dernier,
Nataq.

Mais je ne veux pas mourir sur ce rocher accore
A la vue des autres, abusée par les dieux.
Il n'y a pas de fleurs pour jeter sur mon corps,
Et qui donc frappera le tambour de l'adieu?

Je te le redis, je te suivrai dans la fosse,
Mais je veux de la terre, ô Nataq, tu m'entends!
Si cela te convient, si la vie nous exauce,
Nous serons ensemble jusqu'à la fin des temps.

Mais je suis si inquiète, la lumière retarde
Un peu plus chaque jour, ton silence m'opprime.
Ouvre les yeux et vois que les loups nous regardent,
Ils ont déjà choisi le moment, la victime.

Et voilà que s'échappe dans ce ciel obscurci
Le souffle du chaman étranglé de remords.
Vois! il tremble de peur et ses doigts sont noircis,
Et pendant que je t'aime, il appelle la mort.

Si la mort se hasarde où s'achève le monde
Sois certain qu'elle ne viendra pas que pour lui;
Cachons bien nos blessures, elle s'en vient pour le nombre.

Ô Nataq bien-aimé, moi, mon coeur a conclu,
Moi, je meurs de mourir dans ce funeste camp.
Oui, nous sommes perdus comme nul ne le fut,
Oui, nous sommes perdus mains encore vivants.

Ouvre les yeux et vois cette nuée d'oiseaux
A l'assaut de la mer inconnue, où vont-ils?
Moi je dis que là-bas il y a des roseaux;
Allons voir, allons voir; je devine des îles

Où le jour se lève, me nourrit et se couche,
Sur des plumes divines et des cavernes sûres.
Il y aura de l'eau chaude comme ta bouche
Pour accoucher la fille et fermer sa blessure.

A ton signe, à ta voix, recueillis sous tes lances,
Des troupeaux de bisons réclamant sacrifices,
Et quand éclatera la lune d'abondance,
Des orages de fruits pour que vive ton fils.

Ton destin est le mien, nous ne mangerons plus;
Nous irons frayer aux savanes intérieures,
Et tu t'enflammeras mon désir pur et nu;
Que je hurle ta joie, que tu craches mon coeur.

Et si par miracle nos prières parviennent
A calmer ces dieux fous que ta douleur fascine,
Je n'accepterai pas que l'un d'eux me ramène
Où j'ai pleuré du sable et mangé des racines.

Je ne retourne pas sur les lieux anciens,
Sous les lois de guerriers débouchant aux clairières,
La mémoire brûlée, le flambeau à la main;
S'il me faut retourner, je retourne à la mer.

Je suis jeune, Nataq, comme un faon dans l'aurore,
Et la vie veut de moi et voudrait que tu viennes;
Réveillons la horde, je l'entends qui l'implore;
Attachons les épaves aux vessies des baleines.

Nous serons les premiers à goûter aux amandes;
Traversons, traversons, amenons qui le veut.
Aime-moi! Aide-moi! Mon ventre veut fendre.
Je suis pleine, Nataq, il me faudra du feu.

-Richard Desjardins

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21 novembre 2009

J'irai partout ailleurs
l'hirondelle la fumée les roses tropicales
c'est tout le matin ensemble
puis l'homme que l'on aime et que l'on oublie
je serai bien le jour
dans cette moisissure d'or
qui traîne dans toutes les capitales
et le tapis usé les ascenseurs

Je n'ai plus d'imagination
ni de souvenirs forcément
je regarde finir le monde

et naître mes désirs

-Marie Uguay

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10 octobre 2009

Nous aurons

Nous aurons des fleurs blanches lisses
et nous boirons l'eau à même les lacs.


Nous aurons du temps à n’en plus finir
et des cahiers pour dessiner dans les marges.

Il n'y aura plus de sang sur les doigts et de cris et de dangers qui explosent aux coins des rues;
nous aurons emprisonné la guerre dans des grands livres.

Nous aurons notre propre beauté unique charnelle et immuable
et nos yeux seront clairs et profonds.

Nous aurons des poèmes à n'en plus finir. Nous les lirons à voix haute et nous les chuchoterons dans des recueils.

Nous aurons notre maison
« avec de grandes fenêtres et presque pas de murs et on vivra dedans et il fera bon y être » et sera toujours ouverte; il n’y aura pas de serrure, à quoi bon !


Il y aura des draps blancs parfumés dans nos lits tous les soirs (et sans doute des mauves) pour pouvoir faire l’amour et s’évanouir par la suite. Nous aurons des baisers qui goûtent la liberté, l’espoir et l’éveil.


Nous aurons des papiers pour voyager pour écrire pour rêver pour respirer pour ne pas nous perdre et contempler nos yeux et nos mains

Nous aurons nos lacs, nos montagnes, nos vergers et notre pain. Nous n’aurons besoin de rien d’autre que ce que nous aurons entre les mains.

Nous aurons des mots qui nous assemblent et qui ressemblent. Nos mots auront des couleurs d’ici et d’ailleurs. Nous aurons trop de mots pour un seul dictionnaire. Nous les recréerons;

nous inventerons notre propre langage
et ce sera celui de notre pays.

Nous aurons un pays.

 

 

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04 octobre 2009

Inglourious Basterds. fantasme historique.

 

Quentin Tarantino, reconnu pour verser dans le sanguinaire, s’amène afin de « venger le peuple juif » dans son nouveau film Inglourious Basterds. Certes, une fois encore, le réalisateur ne donne pas dans la dentelle. Il ne censure pas l’hémoglobine et les bruits de chaire broyée. Cette violence est toutefois si bien rendue esthétiquement qu’il est difficile de simplement réduire le film à cela. Or, il n’en demeure pas moins que les images du film saisissent et agissent comme des électro-chocs.

 

Ici, il serait presque honteux de dire que c’est de la violence gratuite. En gros, le film met en scène une bande de mercenaires américains qui débarquent en France pour tuer des Nazis. À la fin du film, avec l’aide d’une actrice allemande qui est rangée secrètement du bord des alliés, les bâtards s’infiltrent dans une projection privée qui rassemble tous les chefs nazis et s’organisent pour tous les exterminer. En parallèle se déroule l’histoire de Shosana, alias Emanuelle Mimieux, propriétaire d’un cinéma, réfugiée à Paris depuis le meurtre du reste de sa famille par les nazis dirigé par l’impitoyable et rusé Hans Landa. La jeune fille, quelques années plus tard, accueille dans son cinéma une projection privée pour les nazis, la même que celle où les mercenaires se trouvent. Elle vient truquer le film au même moment où elle met feu à son cinéma.

 

La narration n’est pas sans rappeler celle des cartoons, des bandes dessinées. Cela est un des traits caractéristiques des films de Quentin Tarantion, si je ne m’abuse. Les personnages sont très typés, très caricaturaux. Le film est plongé dans un univers hypermanichéen. D’un côté, il y a l’image du nazi vulgaire ou rusé ou patriote. De l’autre côté, il y a l’image atypique du mercenaire violent, de la juive assoiffée de vengeance et de la vamp traitresse. L’histoire met en scène la mort d’Hitler et des plus hauts dirigeants nazis dans une salle de cinéma. La salle de cinéma devient un peu comme un four crématoire, four crématoire activé par une Juive et par un Noir. Ici, les symboles pleuvent pour illustrer le fantasme de Tarantino. L’art, la fiction viennent anéantir l’une des plus macabres créations de l’Homme. Certes, la vengeance du peuple juif ne pouvait pas être sinécure. Cela dit, il n’en demeure pas moins que, dans Inglourious Basterds, le cadre fictionnel semble être posé afin de pouvoir livrer sans censure des images violentes et sanguinaires sans que ces dernières soient taxées de gratuites. Contrairement à Kill Bill, la violence a sa raison d’être puisqu’elle vient servir une bonne cause. La fiction corrige l’Histoire, même si elle est peut réaliste, soyons honnêtes.

 

Certes, le dernier film de Tarantino est magistral. Il est riche en dialogues, le montage et la photographie amènent une richesse au film et place ce dernier, selon moi, dans les meilleurs films de l’année, voire même de la décennie. Cependant, j’ai dû mal à accepter une pure création à partir de l’Histoire. Cela s’est fait à d’innombrables fois, mais il n’en reste pas moins que l’on tire partie, d’une manière ou d’une autre un drame de l’Histoire humaine et qu’on le rend comme un cliché, comme une parodie. J’applaudis le génie de Tarantino, mais en même temps j’ai un certain malaise devant la surviolence, peu importe sa cause ou sa nature.

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27 septembre 2009

premier plan

Des taches blanches au hasard, la fuite vers nulle part

Sans voix et immobiles, des têtes lourdes

Tissage de corps qui passent  

Un instant

Limpides et glacées, des visages gris

Des têtes fixes et rigides se heurtent entre elles

 

Il n’y a plus de couleur

Le temps collé sur la pellicule muette

mais  résonne le grésillement

les promesses d’un mélodie en devenir

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13 septembre 2009

La chambre de bois

Miel du temps
Sur les murs luisants
Plafond d'or
Fleurs des noeuds
  coeurs fantasques du bois

Chambre fermée
Coffre clair où s'enroule mon enfance
Comme un collier désenfilé.

Je dors sur des feuilles apprivoisées
L'odeur des pins est une vieille servante aveugle
Le chant de l'eau frappe à ma tempe
Petite veine bleue rompue
Toute la rivière passe la mémoire

Je me promène
Dans une armoire secrète.
La neige, une poignée à peine,
Fleurit sous un globe de verre
Comme une couronne de mariée.
Deux peines légères
S'étirent
Et rentrent leurs griffes.

Je vais coudre ma robe avec ce fil perdu.
J'ai des souliers bleus
Et des yeux d'enfant
Qui ne sont pas à moi.
Il faut bien vivre ici
En cet espace poli.
J'ai des vivres pour la nuit
Pourvu que je ne me lasse
De ce chant égal de rivière
Pourvu que cette servante tremblante
Ne laisse tomber sa charge d'odeurs
Tout d'un coup
Sans retour.

Il n'y a ni serrure ni clef ici
Je suis cernée de bois ancien.
J'aime un petit bougeoir vert.

Midi brûle aux carreaux d'argent
La place du monde flambe comme une forge
L'angoisse me fait de l'ombre
Je suis nue et toute noire sous un arbre amer.

- Anne HÉBERT, Poèmes.

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06 septembre 2009

Bouquet de nerfs

Journée de la pleine lune
Au sommet de la dune
A caresser de loin  ton chien

T'oublies or not t'oublies
Les ombres d'opalines
au rendez-vous suivant, j'attends
Au fond d'une autre limousine
Qui ne vaut pas plus cher
Que ce bouquet de nerfs

A frôler la calanche
Les étendues salines
A perte de vue on s'imagine  en Chine

Trompe la mort et tais-toi
Trois petits tours et puis s'en va
J'opère tes amygdales
Labyrinthiques, que dalle
Ne m'est plus rien égal
Je sais je n'ai offert  que des bouquets de nerfs


Rubis de Sade et jade, déjà je dis non
Diamant, c'est éternel
Des fleurs, du bout du ciel  immenses

La liste des parfums  capiteux
Capitaliste c'est bien bien
Mais olfacultatif
L'Istanbul, au panier
Finalement j'ai offert  quelques bouquets de nerfs

Agendas donnez-moi
De vos dates à damner
Tous les bouddhas du monde
Et la Guadalupe

S'il arrive qu'un anglais
Vienne me visiter
Dans la métempsychose
Je saurai recevoir je peux lui en faire voir de la sérénité
Et même lui laisser un certain goût de fer
Et ce bouquet de nerfs

-Bertrand Cantat, Noir Désir

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19 août 2009

In utero

« J’arrive de moins en moins à comprendre le monde autour. Ça s’effrite. » - Un 32 août sur Terre

Tout s’effrite par usure. File et défile entre les doigts. L’érosion érotique de l’attente. Du désir et de l’appel.  La fluide caresse sur la nuque, puis sur les reins et le ventre.  Mais toujours cette constante fuite.

Entre deux mondes, entre la vie et la mort, pour fuir la mort, tourner et se retourner entre les hanches.  Battre et combattre. Toucher du bout des doigts l’avenir. Baigner dans la matrice, en apesanteur. Ne pas Etre sur Terre. Ne s’accrocher à rien. Simplement flotter là. Pour contrôler la vie, pour enraciner et éviter la disparition. En apnée, la non-existence.
Une coquille en mutation s’agrippe. Une rencontre annulée. Oubliée. Interrompue. Empêchée.  La bulle avortée. Puis le déluge dans le désert. La matrice ploie et craque. Des fissures. Partout.

Où flottent les ovules perdus. Perdus dans l’atmosphère ? Entre deux temps ? Ils peuplent les déserts . Arides. Égarés dans le non-monde.

Au creux du corps se nichent des poussières de mort. Et du devenir vivant en suspens.

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27 juillet 2009

Donneurs universels

« Les poèmes ont toujours de grandes marges blanches, de grandes marges de silence où la mémoire ardente se consume pour recréer un délire sans passé » Paul Éluard

Le désir de création implique une sortie de soi-même, certes. Dès cet instant, le rPommeegard neuf du peintre, du poète analyse, s’analyse, cerne, se dérobe, inventorie, se dissèque… Cette chirurgie met en éveil ses sens, mais aussi celui des autres. Il reconstruit le paysage, le moule à une seconde, puis à une tierce réalité. La surface qui s’écaillait se dissout laissant entendre des signes universels. La peinture et la poésie, langages en marge de la société actuelle, se présentent comme l’issue du chaos. Roland Giguère dans Forêt vierge folle liait peintre et poète aux donneurs universels. Le peintre sur la table d’opération, le cœur ouvert, transpose ses pupilles sur une seconde instance. Donner pour être au monde. À partir de la naissance, le peintre, par la parole vivante et plastique, affirme son existence par son don de lui-même. Créer pour exister, certes, mais s’il n’y a plus de receveurs universels, pourquoi s’ouvrir les veines ? Et si la poésie n’avait plus de cœur ?

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