La bullepille

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10 octobre 2009

Nous aurons

Nous aurons des fleurs blanches lisses
et nous boirons l'eau à même les lacs.


Nous aurons du temps à n’en plus finir
et des cahiers pour dessiner dans les marges.

Il n'y aura plus de sang sur les doigts et de cris et de dangers qui explosent aux coins des rues;
nous aurons emprisonné la guerre dans des grands livres.

Nous aurons notre propre beauté unique charnelle et immuable
et nos yeux seront clairs et profonds.

Nous aurons des poèmes à n'en plus finir. Nous les lirons à voix haute et nous les chuchoterons dans des recueils.

Nous aurons notre maison
« avec de grandes fenêtres et presque pas de murs et on vivra dedans et il fera bon y être » et sera toujours ouverte; il n’y aura pas de serrure, à quoi bon !


Il y aura des draps blancs parfumés dans nos lits tous les soirs (et sans doute des mauves) pour pouvoir faire l’amour et s’évanouir par la suite. Nous aurons des baisers qui goûtent la liberté, l’espoir et l’éveil.


Nous aurons des papiers pour voyager pour écrire pour rêver pour respirer pour ne pas nous perdre et contempler nos yeux et nos mains

Nous aurons nos lacs, nos montagnes, nos vergers et notre pain. Nous n’aurons besoin de rien d’autre que ce que nous aurons entre les mains.

Nous aurons des mots qui nous assemblent et qui ressemblent. Nos mots auront des couleurs d’ici et d’ailleurs. Nous aurons trop de mots pour un seul dictionnaire. Nous les recréerons;

nous inventerons notre propre langage
et ce sera celui de notre pays.

Nous aurons un pays.

 

 

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04 octobre 2009

Inglourious Basterds. fantasme historique.

 

Quentin Tarantino, reconnu pour verser dans le sanguinaire, s’amène afin de « venger le peuple juif » dans son nouveau film Inglourious Basterds. Certes, une fois encore, le réalisateur ne donne pas dans la dentelle. Il ne censure pas l’hémoglobine et les bruits de chaire broyée. Cette violence est toutefois si bien rendue esthétiquement qu’il est difficile de simplement réduire le film à cela. Or, il n’en demeure pas moins que les images du film saisissent et agissent comme des électro-chocs.

 

Ici, il serait presque honteux de dire que c’est de la violence gratuite. En gros, le film met en scène une bande de mercenaires américains qui débarquent en France pour tuer des Nazis. À la fin du film, avec l’aide d’une actrice allemande qui est rangée secrètement du bord des alliés, les bâtards s’infiltrent dans une projection privée qui rassemble tous les chefs nazis et s’organisent pour tous les exterminer. En parallèle se déroule l’histoire de Shosana, alias Emanuelle Mimieux, propriétaire d’un cinéma, réfugiée à Paris depuis le meurtre du reste de sa famille par les nazis dirigé par l’impitoyable et rusé Hans Landa. La jeune fille, quelques années plus tard, accueille dans son cinéma une projection privée pour les nazis, la même que celle où les mercenaires se trouvent. Elle vient truquer le film au même moment où elle met feu à son cinéma.

 

La narration n’est pas sans rappeler celle des cartoons, des bandes dessinées. Cela est un des traits caractéristiques des films de Quentin Tarantion, si je ne m’abuse. Les personnages sont très typés, très caricaturaux. Le film est plongé dans un univers hypermanichéen. D’un côté, il y a l’image du nazi vulgaire ou rusé ou patriote. De l’autre côté, il y a l’image atypique du mercenaire violent, de la juive assoiffée de vengeance et de la vamp traitresse. L’histoire met en scène la mort d’Hitler et des plus hauts dirigeants nazis dans une salle de cinéma. La salle de cinéma devient un peu comme un four crématoire, four crématoire activé par une Juive et par un Noir. Ici, les symboles pleuvent pour illustrer le fantasme de Tarantino. L’art, la fiction viennent anéantir l’une des plus macabres créations de l’Homme. Certes, la vengeance du peuple juif ne pouvait pas être sinécure. Cela dit, il n’en demeure pas moins que, dans Inglourious Basterds, le cadre fictionnel semble être posé afin de pouvoir livrer sans censure des images violentes et sanguinaires sans que ces dernières soient taxées de gratuites. Contrairement à Kill Bill, la violence a sa raison d’être puisqu’elle vient servir une bonne cause. La fiction corrige l’Histoire, même si elle est peut réaliste, soyons honnêtes.

 

Certes, le dernier film de Tarantino est magistral. Il est riche en dialogues, le montage et la photographie amènent une richesse au film et place ce dernier, selon moi, dans les meilleurs films de l’année, voire même de la décennie. Cependant, j’ai dû mal à accepter une pure création à partir de l’Histoire. Cela s’est fait à d’innombrables fois, mais il n’en reste pas moins que l’on tire partie, d’une manière ou d’une autre un drame de l’Histoire humaine et qu’on le rend comme un cliché, comme une parodie. J’applaudis le génie de Tarantino, mais en même temps j’ai un certain malaise devant la surviolence, peu importe sa cause ou sa nature.

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27 septembre 2009

premier plan

Des taches blanches au hasard, la fuite vers nulle part

Sans voix et immobiles, des têtes lourdes

Tissage de corps qui passent  

Un instant

Limpides et glacées, des visages gris

Des têtes fixes et rigides se heurtent entre elles

 

Il n’y a plus de couleur

Le temps collé sur la pellicule muette

mais  résonne le grésillement

les promesses d’un mélodie en devenir

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13 septembre 2009

La chambre de bois

Miel du temps
Sur les murs luisants
Plafond d'or
Fleurs des noeuds
  coeurs fantasques du bois

Chambre fermée
Coffre clair où s'enroule mon enfance
Comme un collier désenfilé.

Je dors sur des feuilles apprivoisées
L'odeur des pins est une vieille servante aveugle
Le chant de l'eau frappe à ma tempe
Petite veine bleue rompue
Toute la rivière passe la mémoire

Je me promène
Dans une armoire secrète.
La neige, une poignée à peine,
Fleurit sous un globe de verre
Comme une couronne de mariée.
Deux peines légères
S'étirent
Et rentrent leurs griffes.

Je vais coudre ma robe avec ce fil perdu.
J'ai des souliers bleus
Et des yeux d'enfant
Qui ne sont pas à moi.
Il faut bien vivre ici
En cet espace poli.
J'ai des vivres pour la nuit
Pourvu que je ne me lasse
De ce chant égal de rivière
Pourvu que cette servante tremblante
Ne laisse tomber sa charge d'odeurs
Tout d'un coup
Sans retour.

Il n'y a ni serrure ni clef ici
Je suis cernée de bois ancien.
J'aime un petit bougeoir vert.

Midi brûle aux carreaux d'argent
La place du monde flambe comme une forge
L'angoisse me fait de l'ombre
Je suis nue et toute noire sous un arbre amer.

- Anne HÉBERT, Poèmes.

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06 septembre 2009

Bouquet de nerfs

Journée de la pleine lune
Au sommet de la dune
A caresser de loin  ton chien

T'oublies or not t'oublies
Les ombres d'opalines
au rendez-vous suivant, j'attends
Au fond d'une autre limousine
Qui ne vaut pas plus cher
Que ce bouquet de nerfs

A frôler la calanche
Les étendues salines
A perte de vue on s'imagine  en Chine

Trompe la mort et tais-toi
Trois petits tours et puis s'en va
J'opère tes amygdales
Labyrinthiques, que dalle
Ne m'est plus rien égal
Je sais je n'ai offert  que des bouquets de nerfs


Rubis de Sade et jade, déjà je dis non
Diamant, c'est éternel
Des fleurs, du bout du ciel  immenses

La liste des parfums  capiteux
Capitaliste c'est bien bien
Mais olfacultatif
L'Istanbul, au panier
Finalement j'ai offert  quelques bouquets de nerfs

Agendas donnez-moi
De vos dates à damner
Tous les bouddhas du monde
Et la Guadalupe

S'il arrive qu'un anglais
Vienne me visiter
Dans la métempsychose
Je saurai recevoir je peux lui en faire voir de la sérénité
Et même lui laisser un certain goût de fer
Et ce bouquet de nerfs

-Bertrand Cantat, Noir Désir

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19 août 2009

In utero

« J’arrive de moins en moins à comprendre le monde autour. Ça s’effrite. » - Un 32 août sur Terre

Tout s’effrite par usure. File et défile entre les doigts. L’érosion érotique de l’attente. Du désir et de l’appel.  La fluide caresse sur la nuque, puis sur les reins et le ventre.  Mais toujours cette constante fuite.

Entre deux mondes, entre la vie et la mort, pour fuir la mort, tourner et se retourner entre les hanches.  Battre et combattre. Toucher du bout des doigts l’avenir. Baigner dans la matrice, en apesanteur. Ne pas Etre sur Terre. Ne s’accrocher à rien. Simplement flotter là. Pour contrôler la vie, pour enraciner et éviter la disparition. En apnée, la non-existence.
Une coquille en mutation s’agrippe. Une rencontre annulée. Oubliée. Interrompue. Empêchée.  La bulle avortée. Puis le déluge dans le désert. La matrice ploie et craque. Des fissures. Partout.

Où flottent les ovules perdus. Perdus dans l’atmosphère ? Entre deux temps ? Ils peuplent les déserts . Arides. Égarés dans le non-monde.

Au creux du corps se nichent des poussières de mort. Et du devenir vivant en suspens.

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27 juillet 2009

Donneurs universels

« Les poèmes ont toujours de grandes marges blanches, de grandes marges de silence où la mémoire ardente se consume pour recréer un délire sans passé » Paul Éluard

Le désir de création implique une sortie de soi-même, certes. Dès cet instant, le rPommeegard neuf du peintre, du poète analyse, s’analyse, cerne, se dérobe, inventorie, se dissèque… Cette chirurgie met en éveil ses sens, mais aussi celui des autres. Il reconstruit le paysage, le moule à une seconde, puis à une tierce réalité. La surface qui s’écaillait se dissout laissant entendre des signes universels. La peinture et la poésie, langages en marge de la société actuelle, se présentent comme l’issue du chaos. Roland Giguère dans Forêt vierge folle liait peintre et poète aux donneurs universels. Le peintre sur la table d’opération, le cœur ouvert, transpose ses pupilles sur une seconde instance. Donner pour être au monde. À partir de la naissance, le peintre, par la parole vivante et plastique, affirme son existence par son don de lui-même. Créer pour exister, certes, mais s’il n’y a plus de receveurs universels, pourquoi s’ouvrir les veines ? Et si la poésie n’avait plus de cœur ?

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29 juin 2009

les dernières heures intemporelles

Mon père, adolescent, fréquentait le café chez Temporel, célèbre institution nichée sur la rue Couillard, dans le Vieux-Québec. Il y allait parce que ce café différait des autres endroits à Québec, parce que l’atmosphère singulière et non-chalante stimulait les rencontres, les discussions, l’amitié et, parfois, l’amour.
Fraîchement arrivée à Québec, j’ai suivi les conseils du paternel et j’ai osé pénétrer dans ce lieu un peu défraîchi par les années. Mon père m’avait décrit cet endroit comme «mythique» et «un peu grano-intello-hippie-années 70». « Ça n’a pas changé », m’avait-il dit. On y jouait du blues, puis Leonard Cohen, puis Alain Bashung, puis Radiohead, puis Mozart, puis un groupe rock dont le nom m’échappe… Les serveurs semblaient tous amis et, au fond de moi, je les enviais et adulais un peu. J’y ai passé une après-midi avec mes deux meilleures amies à lire, à écrire et à discuter. Il y avait un je-ne-sais-quoi dans l’air qui rendait propice la création et l’ouverture de la parole. On y sortait et on y pénétrait plusieurs fois par heure, à un rythme continu, comme l’on pénètre dans la maison d’un ami ou d’un être familier. J’étais bien heureuse d’avoir découvert un endroit où je me sentais enfin chez moi. Je me suis mise alors à fréquenter chez Temporel assidument, seule ou avec des amis. J’y ai lu des livres entiers, j’y ai étudié, j’y ai discuté, j’y ai séjourné… J’avais toujours le sentiment d’y avoir ma place, comme tous les autres clients.

L’été dernier, je me suis retrouvée de l’autre côté du comptoir. J’y ai bâti mon nid et me suis fait adopter par la famille du Temporel. J’ai tissé des liens forts avec plusieurs, autant avec des employés qu’avec des clients. J’y ai même rencontré une famille d’Avignon qui m’a invitée chez eux à maintes reprises durant mon séjour d’un an en France. J’y ai bossé presque toute l’été, en y enfilant des semaines de 7 jours. Ma liste de musique et de lecture a augmenté et s’est diversifiée.

De retour de voyage, je croyais avec certitude retrouver ma famille, mon chez-moi. Ce fut de courte durée, hélas. Le café a été vendu. Les acheteurs ont détruit, sous le couvert de «l’amélioration», la bulle «intemporelle». Une bombe atomique dans le vieux Québec. Le cuisinier a été mis à la porte; 5 ans de dévouement ne font pas le poids contre la nécessité de faire du profit. Les employés sont étrangement devenus des incompétents à «éduquer». Désormais, chez Temporel ne sert plus de croissants et de desserts faits maison. Presque tout est fabriqué par de grosses machines, dans une usine quelconque, comme ailleurs. On modifie peu à peu le menu, tout en augmentant les prix. Désormais, les clients ne sont plus invités à y séjourner plusieurs heures. La clientèle jeune qui ne consomme qu’un café n’est pas rentable et n’est donc pas tolérée. Les serveurs ne peuvent plus discuter avec les clients, sauf pour des banalités insignifiantes de quelques secondes : «tout est dans le paraître». Les employés ne détiennent plus le choix de la musique : on y jouera en boucle une musique banale de fond. Le caractère conviviale et humain du Temporel s’est effacé. Les employés doivent agir dans l’artificialité. Peu à peu, le décor se plastifie. Le focus n’est plus mis sur l’être, mais bien sur l’avoir et le paraître. Le toc prend le dessus. En deux semaines, un monde s’est écroulé. Les habitués fuient, car ils ne s’y sentent plus tout à fait à leur place. Même l’âme du Temporel s’est détérioré. Les touristes vont sans doute arriver sous peu. La soif de l’argent règne maintenant dans cette institution. J’ai assisté à la fin d’une époque chez Temporel. Une page est tournée. Je ne veux pas figurer dans le nouveau chapitre, comme plusieurs de mes camarades. C’est un peu comme la chute du mur de Berlin entre les murs du Vieux-Québec. Sauf qu’ici, il n’y a eu ni fête ni feux d’artifice, seulement quelques pleurs étouffés.

Les intellectuels, les artistes et les jeunes n’ont plus de poids.

Le Temporel était une utopie.

Je garderai toujours en moi le souvenir de l’allongé à la crème 15%, du gaspacho, de Leonard Cohen et d’Ella Fitzgerald, de Billy dans la toilette, des journaux, des saucisses et de Picasso, des chaises et du plancher instable, des croissants chauds, du gâteau au fromage, de Paul, de Stefan, d’Émilie, de Jean-Baptiste, des Francis, de Cindy, de Mathilde, d’Andréanne, de Carl, de Jonathan, de Nicolas, de Jean-François, de Jessi, d’Isabelle, de Christyne, de Marianne, de Catherine, de Bruno, des Geneviève, de Maude, d’Antoine, d’Élyiane, de Liliane, de Tommy, d’Alain, de Jessica, de Robert, des Simon, d’Annie, de Christian, de Julie, d’Édouard, de Kristine, d’Alexandre, d’Élise, de Maité, d’Ève et de…
Nous y avions tous cru.

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18 juin 2009

Point de fuite

Il fait déjà claire très tôt le matin les journées rallongent je sens déjà l’odeur du café fumant pénétrer dans ma chambre j’ouvre les volets enfin sortir à l’extérieur de la chambre et c’est jour de marché des fruits des légumes des herbes des bouquets de lavande du miel des savons je désire des pommes jaunes  une aubergine et un fenouil je passe devant Histoire de pain une baguette un pain complet l’air caresse mon corps le soleil perce mes vêtements je voyage à Antibes Picasso m’a tiré le portrait avec un abus de YKB à l’époque où l’on écoutait qu’à peine le tic et toc du pendule ailleurs un nénuphar sur un poumon m’a donné Boris Vian il faut guérir les tympans par la musique j’ai chercher Godot mais je ne l’ai pas trouvé j’ai erré paisiblement dans Aix-en-Provence et j’ai versé plusieurs larmes dans la cathédrale Saint-Sauveur je pénètre dans la gare Aix-en-Provence TGV ici Aix-en-Provence TGV mesdames messieurs s’il vous plait pardonnez-moi je ne comprends pas ce qu’il est écrit mais j’en avais envie et lui aussi alors j’ai fait toues mes dissertations dans le train pour ne pas manquer une minute des musées encore des musées Rabscall en technicolor j’ai fait la fête à Barcelone je ne consomme jamais de drogues à vélo Guernica je peux mourir en paix j’ai tout vu je n’ai rien retenu mon nom mon prénom des oliviers de Noel des montagnes enneigées écrire avec Pessoa charmée par le fado bourrée par le porto les rails s’entrecroisent et fuient comme une toile de Viera da Silva fuir le réel Kertesz m’a emmené à Buchenwald je dois prendre le plus de photographies je dois capturer la lumière et les couleurs et la Reine n’ y était pas mais Abbey Road oui alors j’étais dans Paris et je voulais tout voir j’ai marché toute l’avenue de la République respiré au jardin du Luxembourg Cézanne à Stockholm me rappelle chez moi paix à Oslo paradis scandinaves des châteaux de l’Est mon désir comme un baiser de Klimt le château de Kafka la bière encore de la bière voir le pont Charles une dernière fois passer sur le Danube des décors des scènes me reviennent des arènes hantées hantés faites comme chez vous restez des accents du sable retourner voir la famille sur Avignon galérer afin de ne pas manquer le tgv la navette le passeport reboire du vin  des ruines romaines des vestiges à toucher du bout des doigts revoir la Seine une dernière fois encore puis alors Damien Saez m’a filé une cigarette et m’a fait l’amour par la suite dans son appartement sur Montmartre avant de partir pour Varsovie je devais prendre le train afin de quitter Paris le métro Montparnasse de l’accordéon des cafés trop courts trop brusque ma chambre à Aix-en-Provence crève sous la chaleur de la sueur sur les murs trop de traces de doigts trop de cernes de café je suffoque je dois plonger dans l’eau salée encore encore le corps ailleurs immatériel mer trop bleue des vagues encore encore des calanques revoir mes collines le roc blanc les buissons encore encore réouvrir et refermer les volets reboire du vin rigoler avec les autres encore encore du coup faire une folie et puis repartir le lendemain et lire et relire les mêmes pages courir courir surtout ne pas pleurer mais embrasser des yeux laisser délaisser encore encore encore

Je me réveille dans ma chambre, dans la très belle ville de Québec. Vide.

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06 juin 2009

Le mot de la fin

6 JUIN 2009
Je suis dans l’avion lorsque j’écris ces lignes. Si tout se passe bien j’arriverai au Québec dans quelques heures. Mon voyage est terminé. J’ai vécu plusieurs des plus beaux moments de ma vie en France, mais aussi ailleurs en Europe.
J’ai du mal à définir mon identité culturelle, maintenant. Je ne me retrouve plus tout à fait dans celle du Québec. Inversement, je sais que je ne serai jamais Française. Je suis un amalgame de tout ce que j’ai vu et je garde en moi mes expériences qui m’ont permis de porter un autre regard sur le monde, mais plus encore sur la vie en général. Les valeurs des gens que j’ai rencontré, leurs goûts, leur style de vie, leurs aspirations et leur passé m’ont amenée à m’interroger sur la notion de liberté, le besoin de la parole. À quel point les gens sont-ils réellement libres ? Aussi, peut-on se libérer des mœurs qui sont si solidement ancrées qu’il est difficile de les cerner ? Je me rappelle d’un des livres que j’ai lu qui m’a beaucoup marqué durant mon séjour en France : Une trop bruyante solitude de Bohumil Hrabal, un écrivain tchèque des 1970. Ce livre qui se veut une allégorie du système communiste présente l’histoire d’un homme qui travaille au pilon et qui a comme devoir de détruire les livres interdits. Malgré le fait qu’il ait peu d’éducation, il voit en les livres l’essence humaine. Il réfléchit alors sur la vie et sur l’au-delà. Sa fonction dans la société ne va pas de pair avec sa philosophie. Un peu comme les individus sous le système communiste, l’extérieur ne pouvait refléter l’intérieur : en temps de crise, comme le disait l’écrivain hongrois Gyorgy Konrad, l’écriture devient polyphonique. L’écriture permet de faire émerger la parole refoulée et, du même coup, permet de jouir du mot liberté dans toute son amplitude. Je cite Kafka : « La littérature est la hâche pour le lac gelé en nous. » La littérature est un peu comme une matière organique, une matière puissante, corrosive ou apaisante, reflet d’une ou de certaine(s) réalité(s). La lecture est un voyage et l’écriture, par le fait même, en est un aussi.
Durant ce périple, j’ai apprivoisé le concept de liberté : liberté d’aimer et de ne pas aimer, liberté choisir ce qu’il nous plait ou non, liberté de protester et de s’exprimer, liberté de dénoncer, liberté de vouloir rester seule, etc. En voyageant, j’ai vu aussi à quel point la liberté est un concept que l’état gère, en bien et en mal. J’ai appris plus personnellement, à ne plus dépendre des autres et à foncer par moi-même.
Finalement, à quelques heures de ma rentrée en sol québécois, je crains malheureusement toujours un peu les atterrissages, au propre comme au figuré. Le choc de l’altérité, au propre comme au figuré.

Posté par labullepille à 03:30 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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